Ce 21 avril s’est terminée une conférence du CESR (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance) de Tours sur les textes de Pietro del Monte, condottiere italien de la seconde moitié du XVe siècle. Si le personnage en soit est fascinant pour ses talents de commandement et sa grande érudition (ayant dans sa vie dirigé des milliers d’hommes sur le champ de bataille et entretenu des discussions savantes avec Léonard de Vinci), la recherche a retenu le caractère rare de ses écrits, qui traitent à la fois de l’art de la guerre et celui du combat. La conférence, divisée en un jour de présentations et un jour d’ateliers, devait faire le point sur l’état de nos connaissances et de nos ressources concernant Pietro del Monte, ainsi que mettre à l’essai un concept d’événement mêlant théorie et pratique. Malgré les grèves de la SNCF paralysant en partie le pays, un événement de ce type, finalement assez rare dans le monde des AMHE, valait bien 12 heures de bus depuis la région genevoise.

La première journée a vu chercheurs et auditeurs réunis aux seins des magnifiques bâtiments anciens du CESR, où nous a accuelli chaleureusement Pascal Brioist, professeur au sein de l’institution. Dans l’ensemble, les présentations ont relevé les liens entre l’expérience militaire du condottiere et l’usage des armes décrites dans ses livres. En ce qui concerne sa vie militaire, l’introduction faite par Pascal Brioist a fait état de la richesse de nos connaissances, notamment à travers les travaux de Marie-Madeleine Fontaine, qui font autorité dans le domaine. Les différents mandats de Pietro del Monte, en tant que capitaine de compagnie, sont identifiables à travers ses oeuvres, constituant les traces de ses réflexions tactiques et de ses influences (par exemple dans son utilisation des armes d’hast sur les champs de bataille d’Italie). Comme l’a relevé Daniel Jaquet (CESR et Château de Morges), la mise en théorie par Pietro del Monte d’applications tactiques réelles ouvre une fenêtre sur la connaissance d’une partie du savoir tacite de l’époque concernant le maniement des armes. Ce savoir est désigné aujourd’hui sous les termes de « culture martiale » (Martial Culture) et ses bases semblent peu différer entre le contexte de la bataille et celui plus ludique des combats individuels, selon les analyses de Pierre-Henri Bas (Université de Paris III) sur la cavalerie −, ainsi que celles de Jacob Deacon et Iason Tzouriadis (University of Leeds) sur les armes d’hast. Si l’application des technique diffère selon le but recherché (tuer, blesser ou simplement « jouer »), les gestes et l’apprentissage du corps sont communs aux deux contextes.

Nous avons également eu la chance d’assister à une discussion entre Daniel Jaquet (auteur d’une édition électronique), Jeffrey L. Forgeng et Mike Prendergast (tous deux auteurs de traductions) au sujet des difficultés à éditer et traduire des textes à la syntaxe étriquée. L’édition électronique (fruit de plusieurs années de travail au CESR) devrait bientôt être accessible, mais les deux traductions sont déjà disponibles respectivement à l’achat et à la simple consultation en ligne. Ces dernières visent d’ailleurs deux buts différents: si le travail de Jeffrey Forgeng se veut un « compagnon du lecteur » pour celui qui souhaite s’attaquer aux textes de Pietro del Monte, la traduction de Mike Prendergast se veut plus méthodique et adressée aux pratiquants des AMHE, desquels il espère recevoir des retours pour l’amélioraion de la traduction. Pour tous ceux s’intéressant aux œuvres du condottiere, il serait ainsi judicieux d’utiliser en premier lieu la traduction de Mike Prendergast et la transcription de Daniel Jaquet, celle de Jeffrey Forgeng se révélant finalement plutôt accessoire.

Les ateliers du samedi ont apporté un éclairage pratique aux présentations de la veille, permettant d’étudier le système de Pietro del Monte dans son ensemble et de partager les limites de nos connaissances actuelles. Notons que ceux-ci ont été donnés par certains des intervenants du vendredi (Daniel Jaquet, Roberto Gotti, Iason Tzouriadis, Jacob Deacon et Mike Prendergast), renforçant le lien entre leurs recherches et une démonstration concrète par le geste; une formule qui permet d’exprimer son expertise en acte et en parole, et qui mériterait à être répétée.


Je souhaite remercier les chercheurs du CESR et de l’IEHCA, qui nous ont accueilli dans leurs locaux, ainsi qu’à l’association AMHE de Touraine, qui ont organisé la journée d’ateliers.

[Image à la une : détail de la couverture du programme de l’événement, https://pietromonte.wordpress.com/%5D

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